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Remise du prix Victor-Théodule Daubigny 2019

Remise du prix Victor-Théodule Daubigny 2019

Remise du prix Victor-Théodule Daubigny 2019 par la Société de conservation du patrimoine vétérinaire québécois au docteur Yves Gosselin

Par André Vrins1 et coll.2

Considérant que le docteur Yves Gosselin a reçu de nombreux prix et distinctions, et que notre communauté le connait très bien, je ne pouvais vous présenter une personnalité différente. Je le fais donc différemment. Le faisant pour la Société du patrimoine, j’ai donc choisi de faire mon exposé sous un angle historique, en procédant chronologiquement, présentant ces cinq décennies qu’il a dédiées à la médecine vétérinaire des animaux de compagnie, en concordance avec l’évolution de la profession et de la société québécoise.

Yves a grandi à Hochelaga-Maisonneuve au sein d’une famille nombreuse de dix enfants, ce qui était typique à l’époque. Son père, médecin, avait son cabinet médical à l’intérieur de l’appartement familial. Alors qu’il intervenait dans l’accouchement d’une cliente pour son cinquième enfant, le père d’Yves n’avait pas encore été payé du premier. C’était avant la « Castonguette », la carte d’assurance-maladie !

1965-1975

Le Québec s’éveille aux lendemains de la Révolution tranquille. Rapidement, la société québécoise est en ébullition, socialement, politiquement et artistiquement. Impulsé par le Rapport Parent, le monde de l’éducation a mis en place de profondes réformes3. Notre système d’éducation actuel en est encore l’héritier sur le plan de sa philosophie et de sa structure.

Yves fait son cours en médecine vétérinaire à l’École de médecine vétérinaire (EMV) de Saint-Hyacinthe, alors qu’il est déjà père de famille. En 1970, il obtient son DMV, alors que l’EMV s’est intégrée deux ans plus tôt à l’Université de Montréal devenant la Faculté de médecine vétérinaire. Sa cohorte sera la dernière qui complétera ses stages dans les anciennes baraques de l’Armée. La même année, la profession compte 504 vétérinaires inscrits au tableau de l’Ordre, dont une soixantaine exercent exclusivement la médecine des petits animaux (Fig. 1).

Le docteur Gosselin débute sa carrière en pratique générale, à l’Hôpital vétérinaire du Berger, à Québec. Il est de garde sept fins de semaine sur huit… fait de tout, des heures et des heures durant, jusqu’en 1975 où appelé par le Dr Guay, il accepte, sous condition d’une formation clinique complémentaire, un poste de professeur à la Faculté. Il se joint au secteur des petits animaux4 dirigé par le Dr Jean Flipo qui, pharmacologiste de formation, couvrait la médecine des petits animaux au complet avant de se consacrer à la chirurgie avec l’engagement des Drs Norbert Bonneau en chirurgie, et Luc Breton en radiologie.

1975-1985

Neuf ans après l’exposition universelle « Terre des Hommes », les jeux olympiques de 1976 mettent le Québec sur la carte du monde. Pendant ce temps, Yves poursuit sa propre compétition, retourne aux études et s’exile aux États-Unis avec sa famille afin de réaliser une résidence en médecine interne des petits animaux. Il l’effectue à l’Université d’Illinois, Urbana-Champaign. De retour à la FMV en 1977, il est l’un des premiers spécialistes, le premier en médecine interne des petits animaux. Il met rapidement ses talents de pédagogue, au profit de la formation des étudiants. Cette époque correspond à un essor exponentiel de la médecine des animaux de compagnie et à la féminisation grandissante des cohortes étudiantes. Il contribue assidûment au développement du jeune programme d’internat des animaux de compagnie5.

Personnellement, j’étais clinicien au secteur équin et Yves fut un «moteur motivateur», mon mentor en médecine interne. Je me rappelle donc qu’Yves me donnait souvent de judicieux conseils d’interniste, allant jusqu’à me prêter généreusement son endoscope flexible pour l’utiliser discrètement chez le cheval. Il n’y avait alors rien de comparable. Nous utilisions un endoscope rigide, une tige métallique de 40 cm au bout de laquelle il y avait une ampoule de lampe de poche pour explorer le larynx et les poches gutturales des chevaux.

Outre les débuts intensifs d’interniste, il s’implique socialement dans le milieu maskoutain (Club optimiste et mouvement scout). Comme il n’y a pas une grande différence d’âge avec les étudiants, ceux-ci viennent se rafraîchir dans la piscine familiale, alors que ses enfants, Catherine et Pascal vont rendre visite aux étudiants de la chambre ! Durant cette décennie, la croissance du nombre de vétérinaires en pratique des petits animaux est tout à fait remarquable, observant à la fin, que leur nombre a triplé par rapport à l’année de sa graduation en 1970. Et profitant du graphique (Fig.1), on constate qu’en 1995, le nombre de médecins vétérinaires en pratique exclusive des animaux de compagnie équivaut grosso-modo au nombre total de vétérinaires, tous domaines confondus, inscrits au tableau de l’Ordre en 1975. En 2015, année où Yves prendra sa retraite, 57% des vétérinaires exercent la pratique des animaux de compagnie, alors qu’il ne représentait que 12% au début de sa carrière.

En 1985, l’Association canadienne vétérinaire lui décerne le prix Gaines Pet Foods, soulignant déjà son importante contribution à la médecine des petits animaux.

1985-1995

À notre grand désarroi, Yves quitte les rangs de la Faculté en 1985 pour s’installer en pratique privée. La famille déménage à St-Lambert. Il vend sa maison de Saint-Hyacinthe, consacrant 50% de la vente pour s’ouvrir «une business» et fonder l’Hôpital vétérinaire Rive-Sud. Interniste, il s’associe au chirurgien, Luc Léger, et recrute rapidement Paule Blouin, professeure en ophtalmologie. Recrutant Paule, en ophtalmologie, il manifestait le besoin de voir loin. Car, son idée est de créer un centre de référence en pratique des petits animaux, ce qui n’existait pas vraiment au Québec.

Il le sait, une clientèle de seconde ligne ne se crée pas spontanément, mais par une renommée qu’il construira et chérira en suscitant la confiance et l’estime des vétérinaires en pratique générale.

La famille met largement la main à la pâte, ou plutôt au maintien du chenil et à la réception. À l’époque, bien sûr pas d’ordinateur, les clients sont répertoriés dans des fiches contenues dans une boîte de carton. Faute d’un brin de réalisme, l’aventure aurait pu s’arrêter comme celle de Téo taxi ! La clinique qu’il a reprise marchait sur trois pattes. Il fallait rentrer 1.000$/jour pour équilibrer le budget. Au fil des mois, de soins et de la persévérance, la référence est au rendez-vous. Yves couvre la dermatologie et la cardiologie qui deviendront à part entière des spécialités. Ensemble, et avec Guy Beauregard qui se joindra à l’équipe de départ, ils font des heures et des heures, des heures durant, sans faire aucun compromis sur l’optimisation des soins. Un premier centre privé de référence est né et servira de modèle à d’autres.

En 1991, il est le premier récipiendaire du prix Damase Généreux, remis par l’Académie de médecine vétérinaire du Québec6, dont voici un court extrait : «Il s’est mérité ce prix, pour sa grande disponibilité auprès de ses confrères et consoeurs, son professionnalisme, sa recherche constante d’une médecine de pointe et sa volonté de transmettre de l’information etc.»

Sur la scène québécoise, on assiste à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs dynamiques comme, Pierre Péladeau, fondateur de Quebecor et Jean-Coutu qui vient d’ouvrir ses premières pharmacies à escompte.

C’est l’aire du «QUEBEC INC.» et Yves s’y inscrit !

1995-2005

Sans délaisser aucunement ses clients, mais aussi très sensible aux besoins et intérêts du public, il s’était impliqué au début de sa carrière dans des émissions de radio Le sous-sol d’André à Télé-4, alors qu’il habitait Québec. Il est revenu plus assidûment dans ce rôle médiatique de 1989 à 2000, agissant comme conseiller professionnel pour les séries télévisées de Radio-Canada par les scénaristes Dre Sylvie Lussier et Pierre Poirier. D’abord Bête, pas Bête+ et ensuite dans les téléséries 4 et demi. Yves ouvre alors toutes grandes les portes de l’Hôpital vétérinaire Rive-Sud. Avec ses clients, il s’assure de sélectionner les bons patients, les bonnes interventions pour que ce soit crédible, pédagogique et efficace.

En 1995, l’Ordre des médecins vétérinaires reconnaît officiellement les spécialistes. Il y en a 47 initialement, dont seulement 11 dans les petits-animaux (Fig. 2). Pour Yves, la croissance est au rendez-vous. L’Hôpital recrute successivement de nouveaux spécialistes. Et il faut le dire, la plupart d’entre eux sont à la FMV ! L’Hôpital de 3 000 pieds ne pouvait être agrandi, si bien qu’en 1998, lors de l’embauche du Dr Bertrand Lussier, voyant qu’il manque d’espace chirurgical, il fait l’acquisition du restaurant Giorgio, alors au bout du boulevard Taschereau pour y construire un hôpital de 10 000 pieds carrés qui a ouvert ses portes l’année suivante.

Début des années 2000, Dre Christiane Gagnon, nommée présidente de l’Ordre lui propose de vendre sa clinique de St-Eustache. Devenant copropriétaire, Yves saisit l’opportunité qui lui permet de gérer deux cliniques à distance. Il en perçoit les avantages : améliorer les équipements, garder la même équipe et accroître l’expertise des cas référés.

À l’époque, Yves résiste à la proposition d’acquisition de son terrain par Bétonel. Avec la croissance du nombre de spécialités, il double la superficie de l’Hôpital, l’amenant à 20 000 pieds carrés. D’une dizaine de vétérinaires, l’Hôpital vétérinaire Rive-Sud passe à 15. Puis, devenu Centre vétérinaire Rive-Sud comptera 185 employés, 27 généralistes, 15 spécialistes et TSA.

L’Hôpital vétérinaire Rive-Sud est axé sur les spécialités vétérinaires, muni d’équipements de pointe et développant de nouveaux services tels, Animania7, somme toute à l’image de son fondateur : innovateur, perfectionniste et dynamique, donnant autant à la clientèle qu’aux médecins vétérinaires référents un service de la plus haute qualité.

2005-2015

Siégeant au conseil d’administration de l’Ordre pendant déjà cinq mandats, il assume la présidence par intérim quelques mois en 2008. Ainsi, il a été membre ou a présidé plusieurs comités, notamment celui sur les médicaments, la rémunération, les normes d’exercice, la formation continue et l’inspection professionnelle. À la FMV, il siège plusieurs années sur le comité du fonds du centenaire.

En 2011, il finalise les agrandissements de l’Hôpital vétérinaire Rive-Sud, y ajoutant 8 000 pieds carrés aux 20 000 existants. L’acquisition de la clinique de St-Eustache lui a aussi donné du gallon. Elle s’avère un tremplin pour l’acquisition d’autres cliniques, et notamment celle de Ste-Thérèse. Là, il se rapproche de ce qui lui tente depuis le début, s’installer sur la couronne nord de Montréal.

En 2010, sous son leadership, s’ouvre un centre d’urgence grandiose, et à la fine pointe. On y reçoit encore des petits animaux, mais en grand ! Yves avait compris que l’Hôpital vétérinaire Rive-Sud avait connu assez rapidement des contraintes d’espace. Le Centre vétérinaire Laval de 30.000 pieds carrés est construit sur un vaste terrain.

Dans l’histoire du Québec, des grands projets et des grands bâtisseurs, Yves, alors dans la soixantaine a implanté les siens : les centres de référence au sud et au nord du St-Laurent.

Yves se voit décerner le prix du mérite du Conseil interprofessionnel du Québec, puis en 2011, il reçoit deux prix, celui du Leadership de l’industrie et la médaille de St-Éloi. Ainsi, le prix du CAHI-ICSA remis par l’institut canadien de la santé animale reconnaît et honore les réalisations exceptionnelles d’individus ou d’organisations dans le domaine de la santé animale au Canada. L’Ordre des médecins vétérinaires du Québec lui remet sa plus haute distinction honorifique. Et, je cite, l’Ordre : «…pour lui, il était impératif de permettre à la population d’accéder à une grande variété de traitements spécialisés à différents endroits sur le territoire québécois.»

Avant de prendre sa retraite en 2015, lui et ses associés créent le groupe Veteri-Medic inc. Ils vendent une partie importante de leurs parts à VCA, un consortium californien. Aujourd’hui, le groupe Veteri-Medic se compose de 11 cliniques vétérinaires ayant quelques 500 employés.

CONCLUSIONS

Et quand je superpose sa carrière à l’histoire du Québec et de la profession, nous constatons ceci :

  • Yves est un acteur dynamique de l’évolution. Cette évolution, comme je voulais vous l’illustrer, s’est appuyée sur trois piliers : (1) l’impulsion donnée par la réforme en éducation, (2) le rôle grandissant des animaux de compagnie dans la société québécoise, et (3) la spécialisation vétérinaire. Comme à la voile, sa passion, il a su tirer profit du vent du moment et à tous moments, même quand il venait de face ou de dos !
  • C’est un visionnaire. Dès le début, il percevait ce que les autres ne voyaient tout simplement pas.
  • C’est un grand entrepreneur du Quebec Inc., un pionnier, un bâtisseur. Il a dirigé, contribué à faire avancer la pratique de la médecine vétérinaire des petits animaux en la propulsant, par ses services spécialisés, aux plus hauts standards.
  • Il est généreux. Il est toujours disposé à donner des explications, à partager son savoir et à donner et redonner à sa profession. D’ailleurs, il avait gardé cette fibre enseignante, accueillant années après années des stagiaires de la FMV.
  • Il a bien sûr le sens des affaires. Il fallait que cela réussisse !

Yves aime faire la fête et il est heureux comme aujourd’hui quand il est entouré de gens ! Il nous remet un legs professionnel extraordinaire ! En plus, il nous transmet son ADN, alors que son petit-fils est déjà en 3e année vétérinaire. Super, mais ça me donne le vertige !

Je demande au Dr Yvon Couture de remettre le prix Victor-Théodule Daubigny au docteur Yves Gosselin, soulignant sa contribution exceptionnelle à l’excellence de la pratique de médecine vétérinaire des animaux de compagnie.

Et en terminant, comme «Tout le monde en parle», nous lui remettons notre «carte chouchou» que le Dr Yves Gosselin nous lit à haute voix : «Que souhaiter à un retraité qui a été un pionnier, un bâtisseur, un entrepreneur, un rassembleur dédié à (et) apprécié par ses clients et par sa profession? Tout simplement d’avoir la santé pour continuer à parcourir le monde et continuer à s’entourer de ses proches».

 

1 André Vrins, DMV est professeur émérite, UdeM et président de l’Association des professeurs retraités de la FMV.

2 Avec la précieuse collaboration de sa fille, Catherine Gosselin, directrice Animania, groupe Vétéric-Médic, de la Dre Paule Blouin, 1ère collaboratrice, du Dr Armand Tremblay, SCPVQ, et Dr Michel Pépin, AMVQ.

3 Création des collèges d’enseignement général et professionnel ou CÉGEP, l’appui aux universités avec lequel l’École de médecine vétérinaire s’intégrera à l’Université de Montréal.

4 La même année, la FMV inaugure la Clinique des petits animaux.

5 L’internat de perfectionnement en sciences cliniques vétérinaires ou IPSAV est un programme de 2e cycle clinique. À ses débuts, il n’y a que deux postes, l’un au secteur des petits animaux et l’autre, une année sur deux, au secteur bovin ou au secteur équin. À l’allongement du DMV sur cinq années, dont la première cohorte est sortie en 2004, on estimait qu’il disparaîtrait. La popularité de ce programme n’a cependant pas fléchi au contraire, préparant aux différents domaines de pratique, autant qu’à d’autres programmes aux cycles supérieurs tels, la résidence ou DÉS. Il est aussi offert par les cliniques privées, dont bien sûr les centres vétérinaires Rive-Sud et Laval. Tout au long de sa carrière, le Dr Gosselin y a largement contribué.

6 Depuis 2009, l’Académie a pris le nom d’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux.

7 Animania : Concept comprenant hôtel, spa et boutique : une pension avec suites de luxe pour chats et chiens sous supervision vétérinaire 24 heures sur 24.